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Cancer du sein : découverte d’une protéine responsable de la formation de métastases

4 mai 2018 | Cancer

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Jean-François Côté, chercheur à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et professeur à la Faculté de médecine de l’Université Montréal, s’intéresse aux métastases, la première cause de décès lié au cancer. Dans un article récemment publié dans Cell Reports, son groupe a mis au jour une protéine qui, une fois désactivée, pourrait empêcher les métastases de se développer dans une forme particulièrement virulente du cancer du sein, le type HER2 positif.

Une femme sur huit recevra un diagnostic de cancer du sein au cours de sa vie et 1 sur 30 en mourra. L’équipe du Dr Côté a fait le pari d’améliorer ce pronostic.

Les cellules cancéreuses les plus rusées
Une tumeur cancéreuse se développe lorsque des cellules prolifèrent à un rythme anormalement élevé et s’agglomèrent dans un tissu sain. Certaines de ces cellules s’avèrent encore plus rusées : « Parfois, des cellules cancéreuses parviennent à quitter la tumeur afin de se propager ailleurs dans l’organisme, ce qui complique l’évolution de la maladie », explique Jean-François Côté, directeur de l’unité de recherche en organisation du cytosquelette et migration cellulaire de l’IRCM.

Ces cellules se déplacent plus aisément que la plupart de leurs congénères. Elles se détachent de la tumeur, entrent dans la circulation sanguine et atteignent d’autres organes, par exemple les poumons, les os ou le cerveau. On les appelle « cellules métastatiques ».

Les cellules métastatiques sont plus difficiles à détruire à cause de leur dispersion dans le corps. Par ailleurs, elles résistent davantage aux traitements actuels. Une des priorités en oncologie est donc de bloquer la propagation des cellules métastatiques. On pourrait ainsi sauver plusieurs vies, puisque 90 % des décès liés au cancer du sein sont causés par des métastases.

Une cible thérapeutique prometteuse
Jean-François Côté et ses collaborateurs ont franchi un pas de plus dans cette direction. Les scientifiques ont effectivement démontré qu’une protéine, AXL, influe sur l’apparition de métastases dans le cancer HER2 positif, qui représente 20 % des cancers du sein. Dans ce type de cancer particulièrement agressif, les cellules cancéreuses sont plus susceptibles de se détacher d’une tumeur où l’on trouve de grands taux d’AXL afin de former des métastases.

L'étude du Dr Côté a été effectuée sur des souris et des cellules de tumeurs provenant de patientes montréalaises. Certains indices statistiques suscitent déjà l’espoir quant à son extrapolation à l’humain : chez les femmes ayant un cancer HER2 positif, on constate que moins AXL est présente, meilleur est le taux de survie. Par le passé, des chercheurs avaient associé la protéine AXL à un type de cancer du sein particulier, le cancer triple négatif, mais personne n’avait examiné sa présence dans le cancer HER2 positif avant l’équipe de Jean-François Côté.

« Grâce à cette découverte, un traitement ciblant AXL pourrait diminuer les risques de métastases », se réjouit le Dr Côté.

En effet, l’action d’AXL pourrait être contrecarrée. Les chercheurs de l’IRCM ont administré un traitement inhibant AXL à des souris ayant une tumeur HER2 positive. Ils ont ensuite constaté que les métastases étaient moins sujettes à se développer. Ce médicament fait actuellement l’objet d’essais cliniques chez l’humain pour d’autres usages thérapeutiques. Si les recherches subséquentes s’avèrent tout aussi concluantes, la découverte de l’IRCM permettrait l’utilisation de ce traitement aux patientes atteintes du cancer du sein. Il agirait en complément à la thérapie ciblant les tumeurs de type HER2 positif.

La suite des travaux est déjà amorcée dans le laboratoire de l’IRCM : « En ce moment, nous vérifions si l’environnement de la tumeur, tels les vaisseaux sanguins et le système immunitaire, est affecté lorsqu’on inhibe AXL », dit le Dr Côté. En comprenant la situation dans sa globalité, l’équipe contribuerait à déjouer les pronostics actuels… et remporterait ainsi son pari.

À propos de l’étude
Le projet de recherche a été réalisé à l’unité de recherche en organisation du cytosquelette et migration cellulaire de l’IRCM par Marie-Anne Goyette, Stéphanie Duhamel, Ariane Pelletier, Marie-Pier Thibault et Jean-François Côté. Léo Aubert, Philippe Roux et Louis Gaboury, de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l’Université de Montréal, Paul Savage, Radia Marie Johnson, William J. Muller et Morag Park, de l’Université McGill, Peter Carmeliet, de l’Université catholique de Louvain, et Jean-Philippe Gratton, du Département de pharmacologie et physiologie de l’UdeM, ont également collaboré à l’étude.

La recherche a bénéficié d’un soutien financier de la Chaire Transat en recherche sur le cancer du sein, des Instituts de recherche en santé du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Santé, de la Fondation du cancer du sein du Québec, de la Fondation Cole et de la Chaire Diane et Sal Guerrera en génétique du cancer.

 

Source :
Anne-Marie Beauregard, conseillère en communication à l’IRCM
514 987-5555 | anne-marie.beauregard@ircm.qc.ca