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Comprendre la résistance des leucémies et des lymphomes aux traitements

12 avril 2018 | Cancer

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Des chercheurs de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et de l’Université de Montréal ont récemment mis au jour une ruse déployée par certaines formes de cancer du sang. L’équipe de Tarik Möröy, directeur de l’unité de recherche en hématopoïèse et cancer de l’IRCM, a en effet démontré comment la protéine GFI1 pouvait parfois aider les cellules cancéreuses de leucémies et de lymphomes à résister à certaines thérapies.

Grâce à cette découverte, il serait possible, à terme, de diriger les patients vers un traitement plus efficace selon les caractéristiques de leur maladie. Le groupe du Dr Möröy donne un aperçu de cette étude, publiée dans Nature Communications, en répondant aux questions ci-dessous.

Sur quoi porte ce projet de recherche?
Un de nos objectifs était de préciser les mécanismes en cause dans la réponse aux traitements de la leucémie et du lymphome, deux cancers liés à la surproduction de cellules sanguines. Bien que l’on comprenne les principaux rouages de ces maladies, un bon nombre de leurs subtilités nous échappent encore.

En résumé, comment fonctionnent la plupart des traitements contre le cancer?
Les cellules cancéreuses se multiplient rapidement et de façon incontrôlée; c’est ce qui mène à la formation de tumeurs. Le but des traitements contre le cancer est de détruire ces cellules. Afin d’y parvenir, on utilise la radiothérapie et la chimiothérapie. Celles-ci endommagent l’ADN des cellules cancéreuses, ce qui les détruit ou les empêche de se multiplier.

Dans le cas de la présente étude, nous nous sommes intéressés à une protéine qui joue un rôle dans le développement des leucémies et des lymphomes, la protéine GFI1. Nous savions déjà qu’elle pouvait influencer la survie des cellules cancéreuses à la suite du traitement, sans pour autant saisir comment. Nous souhaitions donc comprendre son action dans cette dynamique. Pour ce faire, nous avons mené des expériences sur des modèles de souris et sur des cellules humaines en culture.

Pourquoi est-ce important de s’intéresser au fonctionnement de ces traitements?
Grâce aux avancées scientifiques, les soins qui sont aujourd’hui proposés pour traiter les leucémies et les lymphomes – comme la radiothérapie et la chimiothérapie – conduisent souvent à la rémission. Cependant, les traitements ont des effets secondaires considérables et ils s’avèrent parfois inefficaces. En approfondissant nos connaissances, nous pourrions orienter chaque patient directement vers la thérapie qui lui correspond le mieux. Un traitement personnalisé permettrait d’augmenter les chances de survie tout en réduisant les effets secondaires.

Qu’est-ce que votre étude a permis de révéler?
Nos recherches ont permis de démontrer que la protéine GFI1 interagit avec une enzyme (PRMT1) qui, à son tour, active les protéines responsables de la réparation de cassures de l’ADN en les modifiant chimiquement. Cette observation équivaut à la fois à une nouvelle fonction pour GFI1 et à une nouvelle pièce du casse-tête pour comprendre la façon dont les cellules réparent leur ADN.

La protéine GFI1 est donc, en temps normal, nécessaire à la réparation des cellules saines. Le problème, c’est que GFI1 est souvent surexprimée dans des cellules cancéreuses : dans ces cas, elle peut aider ces dernières à résister à certains traitements, puisqu’elle contribue à réparer les cassures à l’ADN provoquées par la radiothérapie ou la chimiothérapie. 

Cette étude pourrait-elle avoir des retombées thérapeutiques?
À terme, nous espérons que cette recherche permettra une prise de décision encore plus efficace en milieu clinique. Par exemple, on pourrait soumettre le patient au traitement le mieux adapté selon le niveau d’activité de la protéine GFI1 dans les cellules cancéreuses. De plus, il pourrait être possible de rendre les tumeurs plus sensibles à ces traitements en ciblant les mécanismes de la réparation de l'ADN qui sont touchés par la protéine GFI1.

Finalement, nous avons bon espoir que les principes présentés dans cette étude pourront aussi s’appliquer à d’autres types de tumeurs où l’on suspecte l’action de la protéine GFI1, parmi lesquels certaines tumeurs au cerveau comme les médulloblastomes, la tumeur cérébrale la plus répandue et la plus dangereuse chez l’enfant. C’est donc dire que, même si une recherche scientifique semble se pencher sur un problème très ciblé, ses répercussions peuvent s’étendre bien au-delà de celui-ci!

À propos de l’étude
Le projet de recherche a été réalisé à l’unité de recherche en hématopoïèse et cancer de l’IRCM par Charles Vadnais, Riyan Chen, Jennifer Fraszczak et Tarik Möröy. Jonathan Boulais et Jean-François Côté, de l’unité de recherche en organisation du cytosquelette et migration cellulaire de l’IRCM, Jordan Pinder et Graham Dellaire, de l’Université Dalhousie, Daria Frank et Cyrus Khandanpour, du Centre hospitalier universitaire d’Essen, Josée Hébert et Elliot Drobetsky, du Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, de même que Stéphane Richard et Alexandre Orthwein, de l’Institut Lady Davis, ont également collaboré à l’étude.
 
La recherche a bénéficié d’un soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada, du Programme des chaires de recherche du Canada et du Fonds de recherche du Québec – Santé.

 

Source :
Anne-Marie Beauregard, conseillère en communication, IRCM
514 987-5555 | anne-marie.beauregard@ircm.qc.ca