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Une équipe de l’IRCM identifie un gène qui contrôle certaines réactions de défense immunitaire

7 nov. 2016 | Immunité

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Notre corps est un véritable champ de bataille. Chaque agression – comme celles causées par les infections – est vaincue grâce à un déferlement de molécules qui, tels des soldats, repoussent les envahisseurs et réparent les dommages. La première ligne de défense de cette opération militaire est connue sous le nom d’immunité innée. Mais comment le corps fait-il pour éviter que la zone de combat ne se propage de manière démesurée? 

Dans un article récemment paru dans la revue Cell Reports, une équipe de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), dirigée par Christian F. Deschepper, pourrait bien avoir trouvé des éléments de réponse. Le groupe, en collaboration avec le Centre de recherche du CHUM, a en effet identifié un gène qui pourrait s’avérer indispensable à l’ensemble des êtres vivants pour contrôler certaines réactions de l’immunité innée.

Contrôler le brasier
« Les réactions d’immunité innée sont essentielles pour attaquer les intrus qui pourraient nous contaminer  », explique Christian F. Deschepper, directeur de l’unité de recherche en biologie cardiovasculaire expérimentale de l’IRCM, et également professeur-chercheur titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal ainsi que professeur associé au Département de médecine de l’Université McGill. « Le problème, c’est lorsque cette réaction n’est pas bien contrôlée. »

En effet, sans contrôle, ces réactions peuvent s’attaquer à des territoires qui ne sont pourtant pas menacés par des envahisseurs. C’est lorsque la réaction se répand sans raison apparente que surviennent des maladies inflammatoires appelées auto-immunitaires, parmi lesquelles on compte le lupus et la polyarthrite rhumatoïde. 

Or, qu’est-ce qui, en temps normal, aide le corps à contrôler ce « brasier »? 

Un effet domino
Pour répondre à la question, l’équipe de l’IRCM s’est intéressée au génome de 90 souris provenant de 22 souches différentes.

« Par l’entremise de nos observations et d’analyses bioinformatiques, nous avons identifié une zone, qu’on appelle un hotspot, qui pouvait réguler la réponse immunitaire innée », indique Saloua Jeidane, étudiante au doctorat dans le laboratoire du Dr Deschepper et première auteure de l’article.

Dans le cadre de ses recherches, Saloua a démontré qu’un gène précis, nommé Ypel5, agissait comme un policer pour contrôler l’activation d’un groupe de près de 190 autres gènes : « Quand Ypel5 n’est pas actif, on constate que les cellules répondent à des agressions en produisant jusqu’à trois fois plus d’interféron, des molécules normalement sécrétées en présence d’intrus. Or, les cellules sans Ypel5 produisent de l’interféron même en leur absence », affirme Saloua, qui a étudié Ypel5 dans des lignées de cellules de souris ainsi qu’une lignée de cellules humaines.

« En somme, c’est comme un effet domino, ajoute Christian F. Deschepper. Si on retire Ypel5, les autres gènes de ce hotspot deviennent hyperactifs les uns à la suite des autres, et on perd le contrôle de la réaction immunitaire, qui s’emballe. »

Un gène répandu
Est-ce que, par conséquent, la non-expression du gène Ypel5 serait la cause de certaines maladies auto-immunitaires? Cela pourrait être un peu plus compliqué. 

Tous les organismes du monde animal (même ceux constitués d’une seule cellule) naissent avec une copie du gène Ypel5  ou d’un gène très semblable. « Le fait que ce gène soit à ce point conservé chez l’ensemble des êtres vivants est probablement le signe qu’il joue une fonction indispensable chez ceux-ci, affirme le Dr Deschepper. On a effectivement observé que, lorsqu’Ypel5 n’était pas actif chez l’embryon de la souris, la gestation était rapidement interrompue. » 

Il est toutefois possible que ce gène subisse une mutation plus tard dans la vie de l’être humain, comme dans certains cas de cancers. 

« Notre étude est l’une des premières descriptions du rôle de ce gène, mais on peut déjà affirmer qu’il joue un rôle important dans le développement, dans le contrôle des réactions immunitaires, et peut-être aussi dans le contexte de certains cancers, conclut le chercheur de l’IRCM. Il nous faut préciser ce rôle afin de voir s’il peut nous aider à déjouer ces diverses maladies. »

À propos de l’étude
Le projet de recherche a été réalisé à l’unité de recherche en biologie cardiovasculaire expérimentale de l’IRCM par Saloua Jeidane, Marie-Pier Scott-Boyer, Sophie Cardin, Sylvie Picard et Christian F. Deschepper. Nicolas Tremblay, Martin Baril et Daniel Lamarre, du Centre de recherche du CHUM, ont également collaboré à l’étude. La recherche a été subventionnée par les Instituts de recherche en santé du Canada. Saloua Jeidane a également bénéficié d’une Bourse Challenge IRCM de la Fondation de l’IRCM.

À propos de l’Institut de recherches cliniques de Montréal
Fondé en 1967, l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) est un organisme à but non lucratif qui effectue de la recherche biomédicale fondamentale et clinique en plus de former une relève scientifique de haut niveau. Doté d’installations technologiques ultramodernes, l’Institut regroupe 33 équipes de recherche qui œuvrent notamment dans le domaine du cancer, de l’immunologie, de la neuroscience, des maladies cardiovasculaires et métaboliques, de la biologie des systèmes et de la chimie médicinale. L’IRCM dirige également une clinique de recherche spécialisée en hypertension, en cholestérol, en diabète et en fibrose kystique ainsi qu’un centre de recherche sur les maladies rares et génétiques chez l’adulte. L’IRCM est affilié à l’Université de Montréal et associé à l’Université McGill. Sa clinique est affiliée au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). L’IRCM reçoit l’appui du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec.

Source :
Anne-Marie Beauregard, chargée de communication
Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM)
514 987-5555 | anne-marie.beauregard@ircm.qc.ca