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Une étude par l’équipe de Javier M. Di Noia met en lumière un enzyme essentiel pour la réponse immunitaire

20 avril 2015 | Immunité

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Une nouvelle étude par des chercheurs en immunologie à l’IRCM dirigés par Javier M. Di Noia, Ph. D., met en lumière les mécanismes affectant l’AID, un enzyme essentiel pour la réponse immunitaire. Cette percée scientifique, publiée dans le plus récent numéro de la revue The Journal of Experimental Medicine, pourrait éventuellement améliorer les façons de traiter la grippe, ainsi que les lymphomes et les leucémies.

Les chercheurs étudient un groupe de globules blancs, nommés lymphocytes B, dont la principale fonction est de produire des anticorps pour combattre les infections. Plus précisément, ils se concentrent sur un enzyme connu sous le nom AID, ou activation-induced deaminase, qui se trouve dans les cellules B.

« L’AID est requis pour une réponse d’anticorps efficace. Cependant, un niveau élevé d’AID peut avoir des effets néfastes et mener à certaines mutations cancérigènes. L’objectif est de trouver le niveau idéal d’AID pour maximiser la protection qu’il fournit au corps tout en réduisant le risque de dommages qu’il peut causer aux cellules » a expliqué le Dr Di Noia, directeur de l’unité de recherche sur les mécanismes de diversité génétique à l’IRCM.

L’équipe de recherche avait déjà démontré, il y a quelques années, que l’une des protéines essentielles les plus abondantes dans les cellules, Hsp90, maintient les niveaux d’AID en stabilisant l’enzyme alors qu’il est encore immature. En effet, ils ont réalisé que l’inhibition de Hsp90 réduit de façon importante les niveaux d’AID dans la cellule.

« Avec notre nouvelle étude, nous avons identifié un autre mécanisme, contrôlé par la protéine eEF1a, qui a l’effet inverse. La protéine eEf1a retient l’AID dans le cytoplasme de la cellule, à l’écart du génome. Toutefois, contrairement à Hsp90, elle maintient l’AID dans un état où l’enzyme est prêt à agir. Nous avons découvert que bloquer l’interaction entre l’enzyme AID et eEF1a aide l’enzyme à accéder au noyau de la cellule et stimule ainsi l’activité d’AID. Par conséquent, cela pourrait améliorer la réponse immunitaire et aider à combattre des infections, par exemple » a dit Stephen P. Methot, étudiant au doctorat au laboratoire du Dr Di Noia et premier auteur de l’article.

« Nous avons trouvé que le mécanisme de la protéine eEF1a est requis pour restreindre l’activité d’AID dans la cellule. Il agit comme une barrière en permettant que la cellule puisse accumuler suffisamment d’AID pour être efficace, tout en limitant son activité afin de prévenir les effets oncogènes ou toxiques qui pourraient être causés si une trop grande quantité d’AID est en contact continu avec le génome » a ajouté M. Methot.

Les scientifiques de l’IRCM ont identifié deux médicaments existants qui agissent sur le mécanisme de la protéine eEF1a pour relâcher l’AID dans la cellule. Ils pourraient potentiellement être utilisés pour stimuler l’activité d’AID et, ainsi, la réponse immunitaire.

« Grâce à cette découverte, nous comprenons maintenant les mécanismes qui peuvent à la fois réduire et augmenter l’activité d’AID en ciblant des protéines différentes. Ces connaissances pourraient éventuellement mener à de nouveaux traitements pour améliorer le système immunitaire et aider la population vieillissante à lutter, par exemple contre la grippe, puisque l’activité d’AID dans nos cellules diminue avec l’âge. À l’opposé, des thérapies pourraient être développées pour réduire les niveaux toxiques d’AID dans certains cancers comme les lymphomes et les leucémies à cellules B » a conclu le Dr Di Noia.

À propos de l’étude
Le projet de recherche à l’IRCM a été subventionné par les Instituts de recherche en santé du Canada, ainsi que par des bourses de la Cole Foundation et du Fonds de recherche du Québec – Santé. Pour cette étude, l’équipe du Dr Di Noia comprenait aussi l’étudiante au doctorat Ludivine Litzler et la chercheuse associée Astrid Zahn. L’étude a été menée en collaboration avec Felipe Trajtenberg et Alejandro Buschiazzo de l’Institut Pasteur de Montevideo en Uruguay, Francis Robert et Jerry Pelletier de l’Université McGill, ainsi que Brad G. Magor de la University of Alberta.